Crise économique en Algérie : Quelles alternatives pour éviter le déficit ? Belmihoub répond

Algérie – Selon un entretien accordé par l’analyste en économie, Pr. Mohamed Cherif Belmihoub, au quotidien national El Moudjahid, la crise économique en Algérie, structurelle et non pas conjoncturelle, est grave et « il n’y a pas mille » solutions.

Afin de parer à la crise, et tenter sérieusement et avec rigueur de solutionner au maximum les différents aspects de la problématique liée à la présente situation hors norme, porteuse de risques profonds d’origine carrément exogène, car l’économie algérienne est soumise aux aléas d’un marché pétrolier mondial qui échappe totalement à son contrôle, ont doit agir, préconise l‘analyste, avec le plus d’efficacité possible et en fonction de la marge de manœuvre restreinte dont on dispose, sur deux volets fondamentaux, à savoir les recettes d’un côté et les dépenses de l’autre.  

A propos des recettes, le spécialiste propose de coordonner trois actions à la fois. La première est d’améliorer « le rendement fiscal (marginal) », en tenant compte de l’impossibilité cette année d’élargir « l’assiette fiscale », qui en réalité connaîtra un rétrécissement. Recourir en deuxième et troisième lieu, et à la lumière de la très faible épargne intérieure et la stagnation du marché financier, à l’endettement interne d’une part, c’est-à-dire la planche à billets, et à celui extérieur qui est malheureusement rendu, par un important besoin de financement mondial que le FMI estime à 1500 milliards de dollars, très difficile d’accès et extrêmement coûteux.

Concernant les dépenses, l’intervenant met l’accent sur l’obligation de rationaliser « la dépense publique » qui doit s’étaler en priorité sur « les subventions qui ne sont pas directement orientées vers les catégories les plus vulnérables (carburants en première position) ». Cependant, Belmihoub prévient quant aux effets ravageurs d’une potentielle politique d’austérité, et explique dans ce sens que l’agissement doit se faire du côté de la demande, et éviter celui de l’offre. Le cas échéant, « une stagflation dévastatrice » est susceptible de se produire, et ainsi conduire le pays à une flambée fulgurante des prix, exacerbation du taux de chômage.

Pas question de planche à billets ou d’endettement extérieur, clame le gouvernement

Exclure l’usage de « ces moyens de financement » équivaut à adopter « une politique d’austérité dont les effets seraient désastreux sur les plans économique et social », met en garde le spécialiste. Hors que « l’effort budgétaire de l’Etat », qui est censé de par exemple « payer les salaires des travailleurs (50% de l’effectif) libérés par décision des pouvoirs publics », doit impérativement accordé la primauté à « la population » et au « pouvoir d’achat pour maintenir une demande solvable à un niveau acceptable qui sera nécessaire pour la reprise de l’activité des entreprises ». 

Heureusement que, d’après l’intervenant, nos réserves de change demeurent suffisantes et capables, à condition qu’il y ait des ressources en dinar, de supporter le déficit de la balance de paiement pour l’année en cours et celle d’après, et par conséquent garantir pendant cette période-là l’approvisionnement en divers produits et équipements indispensables. 

L’élaboration de la loi de finances complémentaire a été ajournée pour une date ultérieure non encore définie, en raison de la confusion qui prime pour l’instant sur le paysage économique mondial, brouillant ainsi les pistes, et rendant par là les prévisions relatives à l’évolution dans le temps « des principaux paramètres économiques », parmi lesquels « le prix de pétrole de référence », impossibles à établir. A présent, l’Algérie retient son souffle.

Les facteurs économiques, de la faible compétitivité des entreprises, de la frontière technologique encore éloignée, de la concurrence limitée, de la très faible appétence pour le risque, et d’épargne intérieure insuffisante, ajoutés aux rigidités institutionnelles, font la fragilité de notre structure économique, déjà vulnérable de  par sa dépendance aux hydrocarbures, dont le marché est régi par des mécanismes se situant largement en dehors de sa minuscule zone d’influence. Une nouvelle gouvernance, qui prend en considération la notion d’un monde économique globalisé, s’impose pour éradiquer les problèmes qu’on vient de soulever.

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