Algérie : Le journaliste Farid Alilat révèle les secrets de Bouteflika

Algérie – Le journaliste de l’hebdomadaire Jeune Afrique et auteur du livre « Bouteflika, l’histoire secrète », déterre quelques uns des secrets enfouis du président déchu, à l’occasion de l’écoulement de la première année depuis sa démission forcée en avril 2019.

C’est en plein guerre de libération, que l’ambition de devenir un jour président s’est déjà installé dans la petite cervelle du jeune Abdelaziz, qui à l’époque ne faisait qu’effleurer l’âge de 21 ans, explique Farid Alilat dans un entretien accordé au quotidien national Liberté. En vieillissant, cette soif de pouvoir grandissait en lui et constituait le principal, pour ne pas dire le seul, fil conducteur de sa carrière.

Un jour alors qu’il évoluait dans la haute sphère du cercle décisionnel sous la présidence de son protecteur et bienfaiteur Houari Boumediene, en tant que ministre des Affaires étrangères, Bouteflika insuffle à Mohamed Bedjaoui, chargé par le colonel « de rédiger la monture de la Constitution qui sera adoptée en 1976 »; l’idée « d’introduire le poste de vice-président qui serait élu » à l’américaine, « en colistier avec le président ». Il aspirait par là à seconder Boumediene de manière officielle. Cependant, celui-ci a rejeté la proposition. Cette anecdote en dit long sur les ambitions du jeune diplomate.

En 1978, Houari Boumediene meurt et son siège qu’il a laissé vacant fait saliver son ministre des affaires étrangères. Néanmoins, pour succéder au président décédé, le choix des chefs de l’armée tombe sur le colonel Chadli Bendjedid. Bouteflika, qui a beaucoup entretenu un mythe affirmant « que Boumediene avait laissé un testament dans lequel il le désignait comme successeur »; n’a jamais digéré son exclusion brutale du pouvoir par les militaires.

1999, Bouteflika est « placé à la tête de l’État par l’armée » qui a constamment était de son côté, en ne l’empêchant jamais « d’exercer ses fonctions ». 2004, il accède une seconde fois à la Magistrature suprême; par le soutien du DRS et en dépit du désaccord de l’état-major du général Lamari; selon Alilat.

2008, il annule la limitation constitutionnelle des mandats présidentiels, lui permettant ainsi de briguer un troisième quinquennat en 2009 et un quatrième en 2014; avant de convoiter un cinquième en 2019. Sauf que cette fois-ci, et malgré le soutien solide de l’institution militaire dirigée à l’époque par Gaïd Salah, le peuple l’a poussé dehors.

Bouteflika, encore sous le choc

Abdelaziz Bouteflika, qui se disait en 1999, à l’heure de son ascension au pouvoir,  l’incarnation du peuple algérien en entier, s’est vu 20 ans après chassé du pouvoir par ce même peuple qu’il prétendait personnifier. Il n’a jamais envisagé une issue pareille ni à son parcours politique, ni à sa vie tout court; note le journaliste.

Il y a une année à peine, Bouteflika, qui est le président demeuré le plus longtemps à la tête de notre pays, régnait encore sans partage. A présent et d’après les mêmes propos, il vit très mal sa mise à l’écart par des millions d’algériens qui, hostiles à lui et à son régime, ont bravé tous les interdits dans la perspective de provoquer sa chute. Le choc d’avril 2019 lui taraude toujours la tête. 

Pour donner l’image qui illustre au mieux l’état d’esprit tourmenté du président, qui voulait mourir comme tel, mais qui s’est vu « dégagé comme un paria »,  l’interlocuteur de Liberté n’hésite pas à parler d’une « réclusion à perpétuité dans la résidence de Zéralda ». L’apaisement fait terriblement défaut aux derniers jours de Bouteflika, conclut Alilat.

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