Algérie : Le récit des familles de Harragas disparus laissées sans nouvelles

Algérie – Les derniers mois de 2020 ont vu une recrudescence terrible des embarcations clandestines ayant pris le large pour « l’inconnu », et le nombre des harragas disparus pendant cette période se révèle important. Les familles, quant à elles, sont dévastées par le désarroi de l’attente qui semble interminable. Ceci est leur histoire.

C’est l’histoire tragique de jeunes, et moins jeunes, qui ont choisi de risquer leurs vies en mer pour poursuivre leurs rêves qui les tiraient vers la rive Nord de la méditerranée. Les harragas disparus durant 2020, en quittant l’Algérie, sont nombreux, et si l’on cumule ceux des années d’avant, le décompte serait susceptible de consterner toute la Nation.

Un père raconte à la caméra d’un internaute que son fils est parti de Si Moustapha à Boumerdès. Cela s’est passé en septembre 2017. Depuis, aucune nouvelle. Selon cet homme, son enfant se retrouverait détenu en Tunisie. Un peu plus tard, au micro de la chaine Essalam TV, le même intervenant poursuit.

Il invite à la résolution de ce dossier qui reste, explique-t-il, sans suite. Le père affecté par la disparition de son fils, en notant qu’il ne reproche pas à celui-ci son départ malgré qu’il ne saisit pas les raisons exactes et que cela lui est extrêmement douloureux, tient à souligner qu’il garde espoir et qu’il reste confiant. « J’ai toujours confiance en les autorités de notre pays. 

Que ce soient les services de sécurité, le ministère des Affaires étrangères, ou la Présidence », a-t-il confié en effet. Il appelle alors les pouvoirs publics à intervenir davantage en la matière. Les familles des haragas, disparus en tentant de quitter le territoire algérien, évoquent un fléau qui continue de se répandre.

« Il faut crever l’abcès », s’écrie un père désorienté

« On n’est pas de mauvais parents et nos enfants ne sont pas des voyous », clame un père. Ce dernier s’adresse à une mère d’un autre harraga, également attristée, en lui racontant que c’est son fils unique qui est parti. « Je crève à petit feu madame », se plaint-il. « Il faut crever l’abcès », dit le même intervenant pour très probablement signifier une chose en particulier.

Il voulait éventuellement faire passer le message que les harragas disparus en quittant l’Algérie doivent être retrouvés en vie ou pas d’ailleurs. Cela aiderait à enclencher un véritable processus de deuil, dans le cas où le décès de la personne est confirmé. Relatons par ailleurs, l’histoire d’un jeune de 22 ans, Walid, qui a embarqué du « Rocher Pourri » à Boumerdès, la nuit du 23 au 24 novembre.

Les dernières heures d’un jeune harraga, Walid, avant son embarquement

Ce qui a retenu notre attention c’est les dernières heures, du jeune homme prénommé Walid, qui le séparaient de son embarquement. Avant de les retracer, dressons le profil du garçon d’après le témoignage recueilli dans son entourage immédiat. Il s’agit d’un jeune agréable à fréquenter. 

Les traits fins de son doux visage juvénile captivent les regards et sa stature est séduisante. Constamment souriant, Walid est un type drôle et chaleureux. Dans son quartier situé à Dergana dans la banlieue Est d’Alger, tout le monde l’adore. Tout le monde l’apprécie, de l’éducateur sportif au dealer de stupéfiants, en passant par le marchand de fruits et légumes. 

Il respecte tout le monde et tout monde le lui rend si bien, a-t-on appris. Pareil dans son village d’origine sur les hauteurs de Kabylie à Bejaia. Dans sa famille, il est le chouchou de tous, nous a révélé un membre de celle-ci. Dans son travail, il est la « star » de l’équipe. C’était celui qui bossait tout en mettant de l’ambiance.

Ce qu’il a fait avant de partir

Il blaguait tout le temps mais sans être grossier. Walid savait très bien comment rendre les gens accros à sa compagnie, nous a-t-on appris encore. Des amis proches nous ont dévoilés qu’il n’était pas au courant de la date précise de son départ. On l’a juste informé que ce serait au cours de la semaine. 

Le 23 novembre, un lundi, il se lève donc le matin en ignorant que c’était le Jour J. Sa mère lui avoue qu’elle ne se sentait pas bien. Alors, il propose de faire le ménage à sa place. Il a passé la serpillère à l’appartement et a rangé le salon et les chambres. 

Toujours à la place de sa maman, il est parti faire les courses. Nous avons consulté son profil sur Facebook. L’avant-dernière publication était dédiée à sa mère, et la toute dernière à son père. Depuis qu’il a embarqué à minuit moins quart et jusqu’à l’écriture de ces lignes, aucune nouvelle de lui comme tant d’autres harragas.   

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