Si la génération Y est la génération d’internet, la génération Z  (née à partir des années 2000) est celle des smartphones et des réseaux sociaux. Un manifestant a très bien décrit cette dernière par « une génération qui connait très bien le système, mais que le système ne connaît pas ».

Cette génération a son propre langage, leurs réseaux sociaux (Facebook, Snapchat, Instagram et TikTok) et aussi leur conception de la démocratie. Cette génération accro à l’image, peut provoquer un changement uniquement avec une simple vidéo ou bien un Hashtag qu’aucune grande institution ne peut faire.

À titre exemple, l’algérien Drici Tani Younes a lancé le hashtag « #Trashtag » qui est devenu viral. Ce qui a créer un phénomène qui se traduit par  des centaines de milliers d’abonnés à ce hashtag, qui contribue au nettoyage de la planète. Une chose que les grandes ONG qui sont subventionnées avec des sommes très importantes n’ont pas pu réussi à faire.

Les réseaux sociaux ont créé une proximité entre les citoyens. C’est d’ailleurs la force du mouvement de protestation Algérien : l’unité nationale et la cohérence du message. Ceci n’est possible que grâce aux réseaux sociaux qui permettent l’instantanéité du message et sa personnalisation.

Il est incontestable que les réseaux sociaux, sont la première source d’informations des jeunes et des moins jeunes. Il y’en a pour tous les goûts : Publications Facebook/Twitter, vidéos Youtube, articles écrits et blogging, web radio et audio etc…

Les réseaux sociaux ont permis de démocratiser la parole, et les nouvelles technologies vont nous permettre de créer un vrai pays démocratique. Non seulement pour avoir une information parfaite et transparente sur la volonté du peuples mais aussi faire participer les peuples dans la prise de décision au quotidien.

Depuis l’avènement d’internet, certains sont venus nous expliquer qu’il est anormal qu’une personne illettrée ait le même droit pour exprimer ses idées qu’un prix Nobel !

C’est ces mêmes personnes qui pensent aujourd’hui qu’en censurant certaines transmissions TV vont pouvoir influencer l’opinion publique. Les réseaux sociaux nous ont permis d’avoir dix millions de journalistes Algériens. Pour cela , il suffit seulement , d’avoir un smartphone pour pouvoir transmettre une information, celle ci peut être vue par des dizaines de millions d’Algériens contrairement aux médias traditionnels qui ont de moins en moins d’influence.

Pour créer un média aujourd’hui il ne suffit que d’acheter un nom de domaine, un hébergement et se payer les services d’un concepteur de site web, ce qui va vous coûter que quelques dizaines euros. Ceci est très favorable à la démocratie car ça crée une indépendance des médias, étant donné  qu’ils n’ont pas besoin de gros capitaux contrairement aux médias traditionnels. Cette indépendance crée un climat favorable pour que les médias exercent leur noble fonction : le quatrième pouvoir après les trois pouvoirs classiques (pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire).

En plus des médias traditionnels, les partis politiques traditionnels doivent changer leur  modèle de fonctionnement, car ils ont besoin d’autres compétences notamment :  design graphique et digital, rédaction web, marketing social, gestion de’image de soi/projet …

Mais ce changement de paradigme est une aubaine pour les personnes qui sont familiarisées avec cet univers, afin de se forger une identité numérique et donc une crédibilité politique.

Le prochain défi du digital est d’apporter plus de transparence dans l’exercice de l’élection !

La traçabilité est l’ami intime de la démocratie. Or, dans le système actuel en Algérie, nous sommes loin d’atteindre cette traçabilité et transparence qui vont motiver les Algériens à croire et participer aux élections. Ces derniers sont au courant des pratiques frauduleuses que le système actuel peut enclencher pour élire le candidat de leur choix.

Il est d’ailleurs essentiel de rappeler quelques pratiques qui permettent d’organiser une élection présidentielle frauduleuse :

Faire voter les absents et les morts : vous devez savoir que le registre électoral est sous format papier, ce qui permet à ceux qui organisent ces élections de signer à la place des absents et des morts sans aucune traçabilité. À titre d’exemple, A. Bouteflika a pu récolter près de six millions de signatures pour son dossier de candidature. Pourtant, s’il y avait six millions de soutien pour ce candidat ça se ferait savoir.

Faire voter certains fonctionnaires plusieurs fois : les corps constitués qui ne peuvent pas se déplacer dans leur ville d’origine, ils peuvent voter dans une autre ville hors celle de résidence. Nous savons tous qu’il y a des pressions dans certaines fonctions notamment l’armée qui permet à certains de voter dans plusieurs villes sur le candidat de leur choix.

Bourrer les urnes et fausser les résultats : nous avons vu lors des élections législatives qu’il y a eu de nombreuses vidéos qui ont circulé, qui nous montrent comment à la fin du vote, certains remplissent les urnes avec le candidat de leur choix.

Des solutions technologiques existent pour remédier à tout ça. Nous devons dans un premier temps numériser le registre électoral pour permettre de donner plus de temps aux non-inscrits d’avoir leur carte de vote. Clôturer les inscriptions deux mois avant le vote, est aujourd’hui une des contraintes à laquelle sont confronté les personnes qui n’ont pas l’information sur les démarches à suivre. Je peux vous assurer que la moitié des personnes qui ont marché dans les rues ne possèdent pas de cartes de votes et ça c’est une problématique face à la démocratie, car leur voix ne sera pas entendue.

Dans un second temps organiser des élections sur internet pour optimiser le nombre de participants, peut être une solution, comme cela s’est fait dans certains pays africains.

Permettre aux votants de s’assurer que leur vote est réellement pris en compte. Cela est possible, de nombreuses technologies le permettent.

Pour couronner tout ça, ce vote en ligne va permettre de réduire le temps pour la diffusion des résultats et le coût d’organisation.

Pour organiser cela nous pouvons le faire sous plusieurs formes notamment : vote à distance par Internet, vote par borne Internet, vote par Internet dans un bureau de scrutin, vote par Internet à partir d’une circonscription, vote par téléphone.

En plus de l’usage des technologies dans la transparence et l’amélioration de la confiance, nous avons constaté de nombreuses initiatives pour permettre de faire participer l’ensemble de la population dans la rédaction des règles de la nouvelle république.

À titre d’exemple :

– le site web www.22fevrier2019.org qui est une plateforme collaborative fondée par des algériens dans le but rassembler un maximum d’idées dans un même lieu.

– Cercle de réflexion كتب دستورك – Ecris ta constitution  pour la réécriture de la Constitution algérienne par le peuple et pour le peuple lancée par l’artiste algérien Amazigh Kateb.

– Plateforme citoyenne Fakhamat Chaab – فخامة الشعب :   permettant au peuple de désigner des représentants issus de différents secteurs. 

– Tribune d’expression citoyenne Ekteb pour fais entendre votre voix et être un acteur du changement.

Néanmoins la technologie peut également être un frein pour la démocratie si on dépend de l’étranger. Par exemple, Facebook nous connaît mieux que n’importe qui, il connaît votre âge, votre intention de vote grâce à vos posts et vos likes, vos tendances politiques etc,,, il peut choisir quel contenu vous montrer ou pas. Il peut même aller jusqu’à vendre les données de nos concitoyens à des entreprises étrangères pour une ingérence numérique, cf. le scandale « Cambridge Analytica ».

Les fakes news sont une autre forme de menace sur les réseaux sociaux. Malheureusement de nombreux médias sociaux amateurs ou bien professionnels tombent dans un business qui nécessite d’avoir des clics. Un phénomène qui les motivent à écrire et diffuser des informations qui font réagir, mais dans certains cas c’est des fausses informations. Il faut commencer à penser des lois contre ces fake news pour dépolluer la sphère numérique et apporter à l’internaute une information fiable, neutre et transparente.

Par ailleurs, les politiciens sont obligés d’inclure dans leur formule le facteur technologique. Que ce soit pour communiquer, penser le modèle de société et même le processus d’élection.

La question que l’on se pose déjà vu la croissance exponentielle du développement : est ce que dans dix ans nous allons parler de smartphone, Facebook etc,, ?

Par Nassim Belouar, entrepreneur et blogueur