Algérie : Récupérer l’argent du marché noir pour éviter la crise ?

Algérie – Pour payer les salaires, les retraites, les subventions et secourir les entreprises en détresse économique, Omar Berkouk, expert financier signale que l’Etat algérien n’a d’autres choix que celui de la planche à billets, et affirme à la même occasion la nécessité de la « normalisation » de l’économie parallèle.

L’expert, dans un entretien accordé ce samedi 18 avril au quotidien national El Moudjahid, salue la décision du Gouvernement d’envisager la canalisation des fonds du marché noir en Algérie. « C’est une solution nécessaire », affirme-t-il avant de nuancer son point de vue en soulignant qu’elle n’est tout de même « pas suffisante ».

La raison qui motive le spécialiste à soulever l’insuffisance d’une telle démarche, c’est simplement le caractère pressant de la situation hautement critique dans laquelle baigne les fondamentaux de l’économie algérienne. En effet et selon lui, ladite solution ne peut seule résoudre la problématique avec efficacité et dans les délais adéquats à l’urgence.

L’objectif immédiat s’inscrit dans une course à la montre et vise à passer la double crise économique/sanitaire sans pour autant subir une crise sociale lourde en conséquences sur la stabilité du pays. La récupération des sommes du marché noir en Algérie exige donc du temps dont le Gouvernement ne dispose malheureusement pas, juge Berkouk.

Intégration des fonds de l’informel, comment procéder ?

« La sphère informelle est importante », insiste Berkouk. « On ne saurait la chiffrer avec précision », avoue-t-il en se demandant « 40 à 50% du PIB ? ». « Elle a son «utilité» dans l’économie nationale », puisqu’elle « emploie des milliers de travailleurs ». Cependant, « elle ne contribue pas au budget de l’Etat, ni aux budgets sociaux. Elle n’emprunte pas les circuits financiers officiels. Elle thésaurise ses excédents; ce qui fait défaut à la liquidité bancaire ».

« Le Gouvernement pense que le développement de la Finance islamique ramènerait cette manne financière dans le circuit bancaire »; rappelle l’expert en acquisitions financières. « C’est une erreur d’appréciation »; regrette-t-il en expliquant que « derrière l’argument de la Charia se cache une volonté farouche de dissimulation des activités et des revenus ». Par conséquent, l’Etat doit être à la fois incitatif et coercitif.

Question incitation, les autorités doivent faire preuve « d’amnistie fiscale » à l’égard des acteurs de la sphère informelle intégrés dans l’économie officielle; qui en outre ne seront pas interrogés « sur l’origine des fonds ». La coercition, pour sa part, se fera par la voie de la « généralisation et imposition des paiements par cartes bancaires et chèques; changement massif et immédiat des billets de banque en circulation uniquement par crédit en banque ». 

Désormais, c’est chacun pour soi..

« Aux crises politiques et économiques nationales sont venues s’ajouter des crises sanitaires et économiques mondiales d’une ampleur inédite », note Berkouk avant de préciser qu’à présent dans le monde, c’est chacun pour soi : notre « pays devra compter sur ses propres forces pour s’en sortir, les autres pays seront occupés à résoudre leurs propres problèmes ! ». 

« L’Etat doit distribuer, coûte que coûte, des ressources aux ménages et des facilités aux entreprises pour leur survie avec tous les moyens dont il dispose », préconise-t-il. « La facture sera pays plus tard», mais pour le moment la priorités réside dans le fait d’empêcher des pans larges de la société de s’enfoncer davantage dans la misère sociale et préserver le tissu économique, spécialement les PME et PMI qui se trouvent menacées de ruine.  

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