Algérie : Le marché noir des devises est-il « hors de contrôle » ?

Algérie – L’expert en économie et spécialiste financier des TIC, Abderrahmane Khalef, fait part de son analyse concernant la résilience des cours du marché noir des devises en Algérie; alors que la pandémie du Coronavirus frappe le monde depuis plus de cinq (5) mois.

Dans un entretien exclusif accordé au site économique Maghreb Emergent, dans son édition du 31 mai dernier, Abderrahmane Khalef; a relevé qu’en effet malgré la récession du secteur économique et de la suspension des activités commerciales, le marché noir des devises n’a que très peu vacillé face à la violence du choc ressenti par la double qui menace le pays. « Le Square est devenu le Frankenstein de l’État »; a-t-il commenté.

Répondant à une question concernant les facteurs ayant permis une telle résilience, l’intervenant a pointé du doigt une caractéristique dite purement « Algéro-Algérienne »; faisant référence à une structure illégale qui permet d’échapper à l’impôt. Ainsi, parmi les principales causes de cette résistance, la rareté des fonds, engendrée par la fermeture des frontières, a-t-il avancé. Ceux qui étaient en possession de liquidités, les ont gardé afin de les remettre sur le marché noir, une fois le retour à la normale arrivée, a-t-il en outre expliqué.

Selon lui, le taux de la devise étrangère échangée au « Square Port Saïd » devrait observer une augmentation de près de 15% d’ici un mois et demi. Une prévision qui guette autant la saison du Hajj que la période estivale; a laissé sous entendre Khalef. Il poursuivit en spécifiant que les barons du « Square » sont majoritairement des chefs d’entreprises et industriels algériens créant des sociétés « offshore »; domiciliées dans des banques basées au Liechtenstein, aux Îles Cayman ou à Chypre. 

Derrière ces comptes se cache la surfacturation, qui permet d’alimenter l’esplanade du « Square ». De cette façon, le marché noir s’est engraissé d’environ 25 à 30 milliards de dollars entre 2007 et 2019.  Aujourd’hui, face à une demande timide, la masse financière du marché parallèle est approximative entre 8 et 12 milliards de dollars; a fait savoir l’expert en économie. D’autre part, il a appelé à accélérer le processus de création des bureaux de change afin de capter la masse de cash-flow qui circule à l’informel. 

Quelles solutions pour éradiquer le marché noir des devises ?

Avant de répondre à cela, l’invité a ouvert une parenthèse concernant les secteurs encourageant ce phénomène. S’agissant du taux officiel, le spécialiste en finance a indiqué que le secteur économique de l’énergie est celui qui a un impact direct sur ce dernier avec 95% des exportations. Contrairement au marché noir, dont les secteurs concernés sont l’automobile; surtout avec le retour de l’importation, la téléphonie mobile, l’électronique, le commerce de prêt à porter et le tourisme, a-t-il enchaîné.

Pour lui, il est plus que nécessaire de réconcilier les Algériens avec la banque; en leur attribuant un regain de confiance en ce rouage essentiel de l’économie. Mais pour cela, il a jugé primordiale de procéder à une réforme totale des systèmes bancaire et fiscal. « Ce dernier, ne répond pas à la possibilité de la croissance économique », a regretté l’orateur. Il poursuit, en précisant que l’Algérie fonctionne sur la facturation fiscale agressive, submergeant les investisseur avec des impôts à payer.

Moderniser le secteur bancaire à tout prix

Poursuivant son analyse, l’interviewé a remis en cause la politique monétaire de l’Algérie, qui a une forte dépendance de la balance commerciale; dont l’importation dépasse de loin la production. La réforme bancaire est vitale aujourd’hui, a-t-il insisté. « Les banques publiques sont un désastre, aucun services adaptés; ni de produits bancaires pour accompagner le lancement et la croissance des PME/PMI. Pas de monétique, et encore moins de stratégie internationale pour, ne serait-ce que pour des besoins d’image », a réaffirmé Khalef.

Ainsi et selon l’expert susmentionné, afin de bancariser cette masse de cash-flow et la mettre au service de l’économie algérienne; il faut absolument régler ce problème depuis la racine. Cela peut se faire, en apportant des réformes immédiates sur les TIC, et les banques; notamment via la création de banque en ligne. Pour cela, il faut redynamiser le marché de la téléphonie mobile. 

« Avec un marché de téléphonie mobile modernisé pour les besoins de la cause, nous pouvons y injecter le M-Banking; et par la suite les paiements de tous les jours, s’effectueront à travers le parc des smart phones », a souligné Abderrahmane Khalef. Il est également important de développer un autre switch processing centre des banques, estime l’expert. Selon lui, la SATIM a entravé l’évolution du paiement électronique et monopolisé ses services comme les TPE et les cartes bancaires, a conclu l’expert.

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