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Algérie : « Dévaluer le dinar pour réduire les importations », clame une spécialiste

Économie – Dans une contribution exclusive à Dzair Daily, l’universitaire Meriem Halliche s’est attardée sur les « failles » des mécanismes adoptés pour rééquilibrer la balance commerciale et préserver les réserves de change. Et ce, non sans apporter l’alternative (dévaluation du dinar) la plus à même, à ses yeux, de générer une meilleure efficacité économique dans la réduction des importations en Algérie tout en remédiant aux difficultés sociales conséquentes. 

En effet, dans une analyse adressée à notre rédaction et intitulée « Limites des mesures tarifaires et non tarifaires en tant qu’instrument de régulation des importations » en Algérie, Meriem Halliche propose avec force de dévaluer le dinar comme moyen de réalisation de ladite réduction. Elle expose et justifie longuement sa vision de cette question. Cette dernière représente une affaire de grande ampleur. Elle a de multiples implications. Et ses enjeux sont à la fois énormes et variés. Trouvez, juste ci-dessous, le texte intégral.

La chute des prix de pétrole, principale ressource de devises pour l’Algérie, a provoqué la fonte des réserves de change et un creusement inquiétant du déficit budgétaire. Pris de panique, le gouvernement a mis en place une batterie de mesures en vue de remédier à cette situation. Cette dernière risque de mettre le pays en danger à moyen terme. C’est-à-dire dans les cinq prochaines années.

Ce serait donc le cas si les prix du pétrole ne se replaçaient pas en dessus de la barre des 80 Dollars (un niveau de prix défini comme étant pouvant assurer les principaux équilibres macro-économiques). Force est de constater que la réaction des pouvoirs publics à cette situation, pourtant pas nouvelle, n’est pas de nature à régler les problèmes structurels de l’économie.

Mais il s’agit simplement de prolonger la durée de vie des réserves de change. Les autorités ont mis en place un dispositif de régulation des importations et de protection de la balance des paiements, essentiellement des mesures non tarifaires : imposer des quotas d’importation et établir une liste de produits interdits à l’importation. D’autres mesures tarifaires ont été appliquées par la suite. 

Les Européens mécontents des mesures prises ? 

D’abord cette réaction ne s’inscrit pas dans le cadre d’une stratégie nationale visant à créer une économie dynamique capable de se mettre à l’abri des vicissitudes du marché énergétique. L’Algérie a déjà mis, par le passé, des mesures similaires dans les années 1990, sous les injonctions du FMI. Ce dernier, soucieux de préserver les fonds mis à la disposition de l’Algérie pour l’aider à sortir de l’ornière financière dans laquelle elle s’est retrouvée à cause d’une gestion hasardeuse, il a imposé à l’Algérie, comme il a fait avec d’autres pays, une conditionnalité.

Celle-ci est liée aux réformes en matière de gouvernance. Et de lutte contre la corruption. Ses coûts étaient désastreux sur le plan social et sans résultats perceptibles en termes économiques. Le pays est plus ou moins dans une situation similaire avec une population qui a, entre temps, presque doublé.    

Elle est créatrice de tensions avec les partenaires étrangers, notamment l’Union européenne, qui se plaignent, non sans raison, des incertitudes juridiques et l’instabilité du cadre réglementaire créés par leur partenaire du Sud de la Méditerranée et qui mettent en difficulté leurs opérateurs économiques.

En effet, la décision des autorités algériennes de fixer des quotas pour limiter l’importation de certains produits de l’Union européenne a causé des pertes sèches à certains opérateurs économiques du vieux continent. C’est ce qui justifie, d’ailleurs, le reproche fait à l’Algérie de ne pas s’être concertée avec l’Union européenne avant la prise de ces décisions comme le prévoient les dispositions de l’Accord d’association. 

Les prix des produits obéissant au système des quotas 

Certes l’Algérie est souveraine dans ses décisions visant à protéger l’économie nationale. Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est liée à des partenaires étrangers avec des accords. Ceux-ci ont, parfois, un caractère contraignant. D’autant plus, qu’il s’agit là d’un partenaire qui absorbe l’essentiel de nos exportations énergétiques.

La politique des quotas, appliquée par les autorités, a créé des distorsions sur le marché national. Et des injustices sur le plan interne. Les quotas ont été attribués d’une manière opaque dont on ne connaît pas la méthode et les bases sur lesquelles les bénéficiaires ont été choisis.

Les prix des produits soumis aux quotas ont connu une hausse vertigineuse. Les marges bénéficiaires exorbitantes, réalisées sur ses produits, ont bénéficié exclusivement à une poignée d’importateurs. Le pouvoir d’achat des ménages n’a pas été préservé. Cela est visible à travers les produits dont l’importation obéit à la politique des quotas. Ils sont devenus inaccessibles.

Zoom sur la liste des produits interdits à l’importation

L’autre inconvénient de cette politique réside dans la difficulté liée à la définition d’une manière objective de la liste des produits à interdire. Cette liste, on l’a d’abord élaborée le mois de janvier 2018. Puis, suite aux réunions filières organisées par les services du ministère du Commerce, elle a été révisée dans le sens de  « (i) de soustraire certains produits constituants des intrants pour l’appareil de production et (ii) d’ajouter certaines marchandises finies dont la production locale et largement suffisante ». 

Le Gouvernement a lui-même constaté les limites de la mesure d’interdiction. En conséquence, il a opté pour un nouveau dispositif de régulation des importations. Et de protection de la balance des paiements. Chose qu’il a faite à travers l’institution d’un droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) dissuasif, variant entre 30 et 200 %. On a procédé à cela à la place de la suspension provisoire à l’importation. 

Cette liste, non exhaustive, des inconvénients du dispositif de régulation des importations, mis en place par les autorités nationales, montre très bien que cette stratégie est inopérante. On fait un pareil constat par le biais de ses résultats qui sont timides. Mais cette série d’inconvénients révèle aussi que la stratégie en question est créatrice de frictions et de tensions inutiles. Cela avec nos partenaires étrangers. Ce qui est attentatoire à l’image du pays. De plus, ça détériore sa position, peu enviable, dans le classement « Doing business » de la Banque mondiale. 

« Afin de réguler les importations en Algérie, le mieux est de dévaluer le dinar » : voici pourquoi 

En raison de tous les éléments développés, ci-haut, les autorités algériennes feraient mieux de procéder à une dévaluation du Dinar, actuellement surévalué pour réduire les importations en Algérie. Mais aussi, éventuellement, augmenter les exportations. Cette mesure est d’une efficacité certaine. En outre, elle ne peut être contestée par aucun partenaire étranger. La raison en est qu’elle n’a fait l’objet d’aucun accord.  

L’autre mérite de la dévaluation du Dinar est de contribuer à réduire cette subvention généralisée des produits importés. Elle a rendu, artificiellement, moins chers les produits importés par rapport aux locaux. À titre d’exemple, par l’effet de cette magie, les bananes et les kiwis étaient, entre 2010 et 2013, moins chères en Algérie que dans leurs pays d’origine. 

Enfin, la dévaluation monétaire, pratiquée par de nombreux pays développés dans les années 1970, et, massivement, par des pays en développement dans les années 1980 et 1990, s’insère aisément dans le cadre d’une stratégie de redynamisation de la production nationale, longtemps handicapée par une politique de change irréaliste.

Certes, la dévaluation créera l’inflation. Mais les autorités peuvent intervenir à travers des actions ciblées de soutien aux couches fragiles de la société pour y remédier. Maintenir la valeur du Dinar à son niveau actuel pourrait avoir des effets désastreux sur les équilibres extérieurs du pays.

Meriem HALLICHE, Universitaire

NDLR : les avis des auteurs des contributions apparaissant ici ne reflètent pas nécessairement la vision du journal.

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